Projection « plancher » à décision inchangée — Source : Cahier 121 du CERPE (UNamur), Septembre 2025
À l'horizon 2030 — la trajectoire à décision inchangée
Le CERPE (Centre de Recherches en Économie Régionale et Politique Économique de l'UNamur) publie depuis 1991 une projection budgétaire dite « à politique inchangée » des entités fédérées belges. Méthodologie : on part du budget 2025 ajusté, on applique mécaniquement l'évolution macro-économique projetée par le Bureau fédéral du Plan (inflation, indice santé, PIB réel, taux LT), sans aucune décision politique nouvelle. Ce n'est donc pas une prévision de ce que le gouvernement va faire — c'est un scénario « plancher » qui révèle où mène la trajectoire actuelle si rien ne change. À ce titre, c'est l'outil standard de la communauté académique belge pour évaluer la soutenabilité ex-ante des finances publiques régionales. La conclusion principale du Cahier 121 (septembre 2025) est sans ambiguïté : la trajectoire wallonne est insoutenable à horizon 2030 en l'absence de mesures correctrices significatives.
Hypothèses macroéconomiques
Quatre paramètres macro pilotent l'ensemble de la projection : IPC (indexe les dépenses ordinaires), indice santé (indexe salaires et allocations — soit ~50 % des dépenses primaires), croissance réelle PIB (détermine la base d'IPP et donc les recettes), et taux d'intérêt LT (coût des nouveaux emprunts qui se substituent à l'ancien stock). Tous sont calés sur les perspectives économiques du Bureau fédéral du Plan publiées en juin 2025 — référence officielle utilisée par toutes les administrations belges pour leurs projections. Le choc inflationniste 2022 reste exceptionnel (IPC 9,6 %) ; la trajectoire BFP suppose un retour à 1,3-2,1 % entre 2025 et 2030, hypothèse centrale mais non garantie. Survolez l'i pour le verbatim CERPE.
Source : Bureau fédéral du Plan, Perspectives économiques 2025-2030 (juin 2025) — repris par CERPE, Tableau 6 (p. 20).
Trajectoire recettes / dépenses primaires
Lecture en première intention : recettes quasi-stagnantes (17,7 → 18,0 Md€, +1,7 % sur 5 ans, soit ~0,3 %/an réel — bien inférieur au PIB) et dépenses primaires en repli apparent (19,9 → 19,5 Md€). Ce repli est un artefact d'extinction : c'est la disparition progressive des dépenses du plan de relance (RRF européen + Plan de relance wallon) qui mécaniquement tire les dépenses vers le bas. Hors relance, la dynamique sous-jacente des dépenses primaires reste franchement positive (+3-4 %/an). Le repli apparent disparaît donc dès qu'on se cale sur le périmètre récurrent — c'est l'analyse structurelle qui doit guider le diagnostic, pas le périmètre comptable.
Solde primaire — un déficit qui se résorbe… en apparence
Le solde primaire (recettes − dépenses primaires, indicateur de Maastricht hors charges d'intérêt) est le meilleur baromètre de l'effort budgétaire pur : il dit ce que la collectivité dépense en politiques publiques par rapport à ce qu'elle prélève, sans pollution par la charge de la dette héritée. Lecture brute : il part de −2,2 Md€ en 2025 et semble se résorber à −1,5 Md€ en 2030 — apparente amélioration de 700 M€. Mais ce mouvement est presque entièrement mécanique, dû à l'extinction du plan de relance. Hors relance, le solde primaire structurel demeure à ≈ −1,2 Md€ en 2030 — un déficit primaire de l'ordre de 1 % du PIB wallon, sans dynamique d'auto-correction. Implication : l'amélioration apparente du solde brut ne traduit pas un assainissement, mais simplement la sortie d'un cycle de soutien exceptionnel. La nouvelle « base » post-relance reste structurellement déficitaire.
Dette et charges d'intérêt — l'effet boule de neige
L'effet boule de neige (snowball effect en jargon FMI/Commission européenne) désigne le mécanisme par lequel un déficit primaire non corrigé alimente la dette, dont les intérêts alimentent à leur tour le déficit total — un cercle vicieux qui s'auto-entretient tant que le taux d'intérêt effectif dépasse la croissance du PIB nominal (condition r > g). Diagnostic CERPE pour la Wallonie : le mécanisme est désormais activé. La dette passe de 30,8 Md€ en 2025 à 41,8 Md€ en 2030 (+35 % en 5 ans, soit ~6,2 %/an), poussée par le déficit primaire structurel et accélérée par la hausse des charges d'intérêt elles-mêmes : 692 M€ → 1,1 Md€ (+59 % en 5 ans). Chaque euro d'intérêt supplémentaire creuse le solde, qui creuse la dette, qui creuse les intérêts. Sans correction du solde primaire, la trajectoire diverge — c'est l'analyse de soutenabilité du Cahier 121 CERPE.
Trajectoire de la dette 2025-2030
Dette totale du budget RW (directe + indirecte) et Dette brute consolidée (Maastricht — incluant OAA, hôpitaux, communes, etc.).
Charges d'intérêt et taux i
Charges totales en M€ (axe gauche) et taux d'intérêt en % (axe droit).
Modèle paramétrable — varier les hypothèses macro
Jouez avec les 4 paramètres macroéconomiques de la projection : chaque poste réagit selon sa sensibilité documentée (« driver » + élasticité). La trajectoire jaune = scénario CERPE inchangé ; la trajectoire rouge = votre scénario ajusté.
Modèle simplifié : élasticité unique par poste sur son driver principal (IPC, indice santé, PIB réel ou taux L-T). Les postes en extinction programmée (Plan Marshall, PRW, RRF, cofinancements UE, mécanisme de transition) ne dépendent pas des paramètres. Pour la méthode fine, voir CERPE Cahier 121 §3.
Tableau complet — 54 postes projetés
Toute la décomposition CERPE (recettes par origine + dépenses détaillées), en milliers d'euros. La colonne Croissance est la croissance totale 2025-2030 publiée par CERPE.
Source : CERPE, Cahier 121, Tableau 49 (Annexe). Mds (milliards) = Mds€, sinon en milliers EUR.